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Jean Belfils à Saint-Lizier

Le début de la psychiatrie moderne...

Saint-Lizier 1811-1969

Un Asile d’aliénés – Saint-Lizier 1811-1969, André Ortet
Hôpital psychiatrique de Saint-Lizier

L’action de Jean Belfils à Saint-Lizier

« Lorsqu’il fit construire le palais des évêques, vers 1660, Monseigneur de Marmiesse était sans doute loin de s’imaginer qu’un jour l’évêché du Couserans disparaîtrait et qu’un hôpital psychiatrique serait installé dans ces lieux chargés d’histoire. »

Dans son ouvrage,Un Asile d’aliénés – Saint-Lizier 1811-1969,publié à compte d’auteur en 2004, André Ortet a relaté l’histoire de l’hôpital de Saint-Lizier. Il y consacre quelques pages à l’action d’un certain Jean Belfils (mal orthographié d’ailleurs en Jean Belfis) qui en fut le directeur de 1945 à 1955.

C’était une époque difficile comme le prouve le témoignage du docteur Soubiran qui évoque en 1954, les bâtiments de Saint-Lizier et leur manque de fonctionnalité:« Tout autre que Jean Belfils, étouffé, cerné par les pierres au milieu du plus petit hôpital psychiatrique de France, tout au bout d’un département pauvre et des moins peuplés, aurait été d’emblée sollicitée par le désespoir. Il avait pris, en arrivant à Saint-Lizier, il y a sept ans, un lourd héritage. Les seuls médicaments connus y étaient le « sirop de temps » et le bon air… Le tilleul récolté sur place, constituait le grand sédatif nerveux et même une espèce de panacée. »

Par André Ortet

Un Asile d’aliénés – Saint-Lizier 1811-1969 par André Ortet, Novembre 2004, Cazavet

« Datant de 1660, l’ancien palais des évêques, devenu l’hôpital psychiatrique de Saint-Lizier, fut l’un de ces lieux d’accueil et d’enfermement des malades atteints de folie, et donc, le témoin et l’acteur de la mutation extraordinaire que vécut la psychiatrie. C’est l’histoire de cette véritable révolution, et aussi de l’évolution économique et sociale du Couserans, tant malades et soignants en étaient majoritairement originaires, qui nous est contée de la plus captivante façon par André Ortet.

Cadre infirmier spécialisé en psychiatrie, amoureux d’un métier qu’il a principalement exercé à Saint-Lizier, cet ariégeois, passionné de Couserans, a collecté deux siècles de documentation et nous livre bien plus qu’un recueil de documents curieux et enrichissants, de témoignages étonnants et émouvants, nous faisant vivre les péripéties de deux guerres, deux épidémies, et divers évènements de la vie locale.

Cet ouvrage est aussi une déclaration d’amour de l’auteur pour Saint-Lizier. C’est comme un romain d’aventures qui nous conte, avec pertinence, émotion et humour, la vie et le rôle de l’ancien palais des évêques durant les derniers siècles et l’extraordinaire évolution de la psychiatrie dans le même temps. »

Saint-Lizier, enfants jouant, 1950

«J’ai vécu chez les fous : Saint-Lizier en 1954.»

« L’image que pouvait laisser notre forteresse de Saint-Lizier au milieu du XXe siècle fut décrite notamment par le docteur André Soubiran, auteur en vogue à l’époque, surtout connu pour avoir écrit quelques best-sellers tels que « Hommes en blanc ». Ce dernier entreprit de visiter une multitude d’établissements pour connaître la réalité de l’univers asilaire. Les résultats de son enquête devaient constituer le thème de son roman : « L’île aux fous ». Il relata ses impressions dans un hebdomadaire d’avril 1954 sous le titre : « j’ai vécu chez les fous ». Son article polémique ne fut pas très élogieux pour l’asile de Saint-Lizier, desservi, rappelons-le, par des bâtiments qui s’apparentent plus à l’univers carcéral qu’à des locaux à vocation hospitalière. Il décrivit en ces termes ce que devaient être les premières impressions du malade qui se rend à l’hôpital psychiatrique de Saint-Lizier :

“ Si le malheureux est ainsi envoyé à Saint-Lizier, en Haute-Ariège, au moins cet aliéné aura-t-il la stupéfaction de devenir châtelain. De la halte où veille seule une paisible garde-barrière, à peine descendu du train, il apercevra, au-delà du Salat dont un vieux pont enjambe les eaux bouillonnantes, sa nouvelle résidence, mais il lui faudra lever la tête. L’hôpital psychiatrique(qu’à Saint-Lizier, malgré la volonté ministérielle, chacun continue d’appeler l’asile) est bâti tout en haut d’un éperon rocheux, dominant de ses murs à pic les maisons trapues, les arbres maigres et, ahurissante au milieu de ce village montagnard, une authentique cathédrale. Car si le fou que l’on promène était pourvu d’un guide afin de s’instruire en voyage, il pourrait y lire que cette rébarbative forteresse fut un oppidum gallo-romain, puis un palais épiscopal, avant de devenir, de décadence en décadence, une maison de filles repenties, un dépôt de mendicité, et enfin, un asile. Il apprendrait que tous ces antiques bâtiments qu’il découvre sont classés par l’Administration des Beaux-Arts mais il ignorait encore que la plupart des inconvénients de son séjour à Saint-Lizier lui viendront de ce classement. Pour l’instant, le nouveau venu monte vers son nid d’aigle, observant avec angoisse les hautes murailles sombres et les barreaux des fenêtres. Dès les grilles franchies, c’est pour l’arrivant la première impression qui compte. Que lui importe l’accueil du psychiatre, celui du personnel subalterne, si d’abord, devant lui, se dresse menaçante la façade d’une maison de force. Apeuré, inquiet, il cherche dans les pierres les menaces qui s’y cachent, et il accroche aux plus minces barreaux son fantasme. Cet interné serait prêt alors pour la psychose carcérale, pour la révolte, pour l’agitation, pour toutes les violences, si le Docteur Jean Belfils, médecin-directeur de l’hôpital psychiatrique de Saint-Lizier, n’était là, dès l’entrée, l’accueillant avec les mots qu’il faut savoir prononcer et l’apaisement de son sourire… ” »

Saint-Lizier

Saint-Lizier, peinture
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