style2

Jean Belfils à Polincourt-Clairefontaine

L’exercice de la pédopsychiatrie en temps de guerre

Saint-Rémy-Clairefontaine

Une Epopée contemporaine en psychiatrie, Noëllie Aulas
Hôpital psychiatrique de Saint-Rémy Clairefontaine

L’arrivée de Jean Belfils à Saint-Rémy-Clairefontaine

Dans son ouvrage,Une Epopée contemporaine en psychiatrie, Noëllie Aulas a retracé l’histoire de l’hôpital de Saint-Rémy-Clairefontaine. Elle y évoque l’action de Jean Belfils qui dirigea le service des enfants de cet établissement pendant la guerre.

« L’asile de Saint-Rémy est mis en place à l’été 1937 par Justin Perchot, ancien sénateur et industriel, qui participa notamment à la mise en place du métro parisien. Les soins aux malades mentaux en ce début du XXe siècle sont rudimentaires, bien souvent ils sont simplement isolés dans ces asiles qui leur sont réservés. Isolés mais aussi entassés… Les asiles manquent alors de place plus que jamais. D’où l’ouverture d’un nouvel établissement à Saint-Rémy. Il est installé sur trois sites : le château de Saint-Rémy, celui de Clairefontaine et le moulin du Breuil. Saint-Rémy accueille les aliénées du département de la Seine à partir de juillet 1937. Un an après, les sites de Clairefontaine et du Breuil sont ouverts pour accueillir les hommes. Ces débuts ne vont pas être de tout repos...

(…) Quoiqu’il en soit, le 10 décembre 1942, la place est vacante et revient au Dr Jean Belfils. Il est chargé des sites de Clairefontaine et du Breuil, le Dr Berthier se voyant confier Saint-Rémy. Le Dr Belfils reste à Clairefontaine au moins jusqu’en 1945. »

Par Noëllie Aulas

Une Epopée contemporaine en psychiatrie, l’hôpital de Saint-Rémy de 1937 à nos jours par Noëllie Aulas, AHBFC, Juin 2017, Saint-Rémy

Noëllie Aulas est historienne et médiatrice du patrimoine, fondatrice de l’entreprise D’Histoire en Patrimoine

« L’AHBFC s’est construite autour de trois bassins majeurs: Saint-Rémy-Clairefontaine, le quartier Pierre-Engel à Bavilliers (Belfort) et le quartier du Mittan à Montbéliard. C’est à Saint-Rémy-Clairefontaine que l’aventure psychiatrique haut-saônoise a commencé en 1937. Cet ouvrage retrace l’histoire de ces deux sites.

(…) L’histoire de l’AHBFC, et plus précisément celle de l’hôpital de Saint-Rémy-Clairefontaine, est riche de tous les bouleversements qu’a connu la psychiatrie depuis le début du XXe siècle. Elle est riche aussi de toutes les initiatives mises en place pour assurer une offre de qualité. Elle est riche encore de ses hommes et de ses femmes qui y ont travaillé, vécu, œuvré pour une psychiatrie toujours plus moderne. »

Dans la tourmente de la guerre

« En septembre 1939, la guerre éclate... (…) Le conflit amène avec lui les ordres de mobilisation, les réquisitions et bientôt le rationnement sur les produits alimentaires ou sur les carburants (charbon, essence…). L’asile de Saint-Rémy, comme de nombreux autres en France, va devoir faire face. (…) On ne meurt pas directement du conflit entre les murs clos de l’asile. Mais on meurt de faim et de froid.

Le rationnement ne permet pas aux aliénés de manger à leur faim. Dès 1940, les médecins dénoncent la situation. À Saint-Rémy, c’est le Dr. Belfils qui devient leur porte-parole auprès des autorités. Deux ans plus tard, la ration réservée aux malades sera officiellement augmentée.

(…) Le deuxième fléau de la période est le froid qui sévit dont l’installation, toute récente, n’est pas achevée. (…) Dès l’été 1944, le Dr Belfils a demandé que les dortoirs, déjà froids et humides, soient chauffés, puisant pour cela dans la réserve de bois. L’hiver arrivant, c’est un désastre dans les dortoirs, dans ceux des enfants en particulier:

“La température y était -3,5° à -4°, cela lors de ma visite du matin, c’est à dire entre 9 et 10 heures, et, dans le quartier le plus chaud. L’autre quartier des enfants, plus déshérités encore, avait dû être évacué sur la salle de jour. Les murs et les plafonds étaient complètement givrés tandis que le ciment du sol était glacé par place” (Extrait du rapport du Dr Belfils).

(…) L’administration parisienne de l’établissement relaie les appels à l’aide des Dr Belfils et Berthier auprès des préfets de Haute-Saône et de la Seine et s’efforce d’améliorer le quotidien. »

Abbaye de Clairefontaine

CPA, Château de Clairefontaine
 

Jean Belfils au service des enfants

Environs de Polaincourt, Clairefontaine

« Et pourtant, en plein cœur de la tourmente, au milieu de l’occupation, de la faim, du froid, de belles initiatives voient le jour à l’hôpital et plus précisément dans le service des enfants, à Clairefontaine: le Dr Belfils reste soucieux du bien-être de ses patients, notamment des plus jeunes d’entre eux. Ceux-ci souffrent terriblement du froid et de la faim, mais le Dr Belfils s’efforce de remplir son rôle de médecin psychiatre. Soutenu par le directeur M. Delouvrier, ainsi que par M. Perchot, il entreprend la mise en place en 1944, au sein de son service, d’une ‘classe de perfectionnement’.

Si le projet initial était de créer deux classes, seule la ‘classe enfantine’ voit finalement le jour. Les enfants y sont parfois âgés de 13-14 ans, mais toute leur instruction est à faire. On ne connait pas le contenu précis de l’enseignement dispensé, mais l’idée n’était en aucun cas de faire suivre aux jeunes malades une scolarité normale. Il s’agissait plutôt de les faire progresser dans leurs gestes du quotidien et de leur inculquer quelques règles pour une meilleure vie en communauté. Le projet est une réussite et les enfants se réjouissent de retrouver leur institutrice, Melle Guyot. L’entreprise est un succès:

“Les résultats obtenus, sont encourageants non pas que les progrès réalisés, soient énormes, mais ils existent nettement et, nous sommes heureux de le constater. De plus les enfants s’intéressent beaucoup à ce qui se fait en classe. Mlle Guyot, se dévoue à cette classe avec un zèle bienveillant et un dévouement qui lui a gagné le cœur de ses petits écoliers. La classe d’ailleurs est une récompense et, la plus grosse punition, qui puisse exister pour un délinquant, est d’être privé d’assister à la classe le lendemain.” (Extrait du rapport du Dr Belfils)

Le bémol dans cette belle initiative ? Le manque de soutien de la part de la direction de Clairefontaine et l’absence de reconnaissance officielle.

Bientôt, le Dr. Belfils et Melle Guyot, aidé de M. Delouvrier, directeur de l’asile et de M. l’abbé Charot, aumônier de Saint-Rémy, unissent leur force à nouveau pour leurs petits protégés : jouets, barres chocolatées, biscuits et séance cinéma sont au rendez-vous un certain Noël 1944… un brin de magie bienvenu au coeur de la tourmente !”

Epilogue

« On ne sait pas à quelle date précisément le Dr Belfils quitta Saint-Rémy. On a pu relever cependant que de 1945 (fin d’année ?) à 1955, il fut directeur de l’asile de Saint-Lizier. Tout comme à Saint-Rémy, il s’efforça alors tout particulièrement d’améliorer le sort des enfants et de permettre notamment leur scolarisation. »

Pour l’anecdote, c’est grâce aux pages publiées sur l’action de Jean Belfils à Saint-Lizier sur le site familial, que Noëllie Aulas a retrouvé la trace de Jean Belfils après son départ de Clairefontaine.

© 2007 - 2021 Familles Loubet del Bayle
Société de Géographie Occitano-Morave | jcldb.com