Le Livre de la Chasse
Gaston Fébus
Gaston III de Foix-Béarn (1331-1391), fils de Gaston II et d’Eléonore (Aliénor) de Comminges, comte de Foix et vicomte de Béarn, est né à Orthez et y établit une riche cour dont les splendeurs et la sophistication furent rapportées par Jean Froissart dans ses Chroniques vers 1380.
Gaston orthographie son surnom avec la graphie de la langue d’oc Febus et non pas Phébus ou Phœbus. Gaston Fébus est reconnu parmi ses pairs comme l’un des plus grands chasseurs de son époque.
Le livre de la Chasse
ll entreprit de rédiger, entre 1387 et 1391, un traité sur l’art de la chasse et dédia ce livre, l’un des livres les plus célèbres de la littérature cynégétique, à Philippe le Hardi, Duc de Bourgogne. Pour Fébus, la chasse est une activité courtoise, noble et respectable, qui éloigne dignement l’Homme de l’oisiveté des plaisirs mondains.
Le texte est apprécié pour sa technicité car il décrit minutieusement les proies et comment les chasser. Dans la première partie du livre, Gaston Fébus choisit de traiter de quatorze animaux que les chiens aiment bien chasser : le cerf, le renne, le daim, le bouc, le chevreuil, le lièvre, le lapin, l’ours, le sanglier, le loup, le renard, le blaireau, le chat sauvage et la loutre. Vient ensuite une partie consacrée aux chiens de chasse. Les deux premières parties sont donc des exemples de traités de naturalisme.
La Chasse au loup
Le loup est ainsi perçu comme un nuisible, et un corps de professionnels est mis en place pour en assurer l’élimination. On estime généralement que c’est sous le règne de Charlemagne, au IXe siècle, que le corps des louvetiers a été créé. Cependant, des chasseurs de loups sont déjà mentionnés dès l’Antiquité romaine. Les sources sur ces derniers se multiplient à partir du XIIIe siècle, notamment dans les comptes des rois de France et des grands princes.
Le loup s’en prend également à l’homme. Gaston Fébus décrit ainsi : « Il y a deux raisons pour lesquelles ils se prennent aux hommes : d’abord, quand ils sont trop vieux et perdent leurs dents et leur force, ils ne peuvent porter leur prise comme ils en avaient coutume ; il convient donc qu’ils s’en prennent aux enfants, qui ne sont pas forte prise pour eux, qu’ils n’ont pas à porter mais seulement à manger, et dont la chair est plus tendre que la peau et la chair d’une bête. L’autre raison est que, s’ils sont acharnés en pays de guerre où il y a eu batailles et combats, ils mangent les cadavres des morts ou ceux des pendus qui pendent bas au gibet ou en sont tombés ; et la chair de l’homme leur est si savoureuse et si plaisante qu’après qu’ils y sont acharnés ils ne mangeraient point d’autres bêtes, mais plutôt se laisseraient mourir, car j’en ai vu qui, laissant les brebis, prenaient et tuaient le pasteur. »
Dans ce contexte, tout est bon pour se débarasser du loup, même les méthodes les plus cruelles. L’usage de boulettes de viande empoisonnées remonte à l’Antiquité romaine. On cherche également à capturer l’animal par des pièges. Aux Ve-VIe siècles, la loi Gombette évoque des pièges comprenant des arcs qui se déclenchent au passage de la cible. Les « fosses à loup » sont couramment utilisées : l’animal, attiré par un appât, tombe dans un trou dont il ne pourra s’échapper vivant. Gaston Fébus décrit également un ingénieux labyrinthe fait de claies en osier, dans lequel le loup est attiré par une brebis placée au centre.
La Chasse à courre
De façon plus classique, on peut forcer la bête avec des chevaux et des chiens : c’est la chasse à courre, un sport aristocratique recherché. C’est que l’adversaire est rusé et endurant (il peut courir jusqu’à 40 km). Gaston Fébus conseille de l’appâter la veille de la chasse avec une carcasse de bœuf ou de cheval, pour attirer la bête sur un terrain propice à la course. Le seigneur est assisté par ses chiens (des lévriers, des dogues ou des épagneuls, le comte de Foix était réputé en posséder plus de mille) et de veneurs.
La chasse au loup est un loisir dangereux : le roi Louis IV y fait une chute mortelle en 954. Gaston, le « lion des Pyrénées », succombe lui à une crise cardiaque après une chasse à courre (mais par au loup).
Armoires de Foix-Bearn
Écartelé en 1 et 4 d'or aux trois pals de gueules et en 2 et 3 d’or aux deux vaches de gueules, accornées, colletées et clarinées d’azur, passant l’une sur l’autre.
Armoires de Philippe le Hardi
Le Livre de la chasseest un livre digne d’un roi. Le manuscrit conservé à la Morgan Library & Museum a été offert à Ferdinand et Isabelle quelques années avant 1492, lorsqu'ils ont repris Grenade. L’artiste a d’ailleurs ajouté la grenade, symbole de la ville, aux armoiries des rois catholiques.
Armoires des rois catholiques
Le Livre de la chasseest un livre digne d’un roi. Le manuscrit conservé à la Morgan Library & Museum a été offert à Ferdinand et Isabelle quelques années avant 1492, lorsqu'ils ont repris Grenade. L’artiste a d’ailleurs ajouté la grenade, symbole de la ville, aux armoiries des rois catholiques.
Bibliothèque nationale de France, Paris
« Gaston Fébus, de grande taille, est assis sur un trône architecturé et présenté de manière frontale sur le mode de la Maestà. Huit veneurs écoutent son enseignement. Au premier plan, plus petits encore, piqueurs et valets de chien. »
Morgan Library, New York
Musée Condé, Chantilly
Cy après devise comment on doit faire hayes pour toutes bestes. « Pièges tendus entre les arbres. Deux sangliers pris au collet, un troisième et un loup pris dans des filets, deux cervidés et un renard près de s'y prendre à leur tour. La miniature offre un inventaire des différents pièges : panneau (filet tendu), collet (noeud coulant) et poche (filet à noeud coulant) »